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Louis Cheikho

La biographie que nous offrons ci-dessous est composée à partir d'extraits de l'ouvrage de Camille Héchaïmé, " Louis Cheikho et son livre ' le christianisme et la littérature chrétienne avant l'Islam' ", Beyrouth : Dâr el-Machreq, 1967.

Le pays natal et la famille

Louis - de son vrai nom Rizqallâh - Cheikho naquit le 5 février 1859 à Mârdîn, dans la Haute Mésopotamie, non loin de Diarbékir (Diyâr Bakr).

Mârdîn, à cette époque, comptait environ 35.000 âmes, dont près de 20.000 musulmans, 15.000 catholiques et 2.000 jacobites et protestants, petit monde clos où musulmans et chrétiens se côtoyaient sans se connaître, s'affrontaient si l'on peut dire, à armes égales. En effet la sécurité toute relative dont jouissaient les chrétiens dans l'Empire Ottoman obligeait leurs minorités à se regrouper, à se compter, à se comparer à la communauté musulmane dominante, et quand elles se voyaient assez fortes, elles ne manquaient pas d'en tirer une certaine confiance en soi doublée d'un complexe revendicatif. Mais la revendication était une illusion tout au moins au plan politique ; aussi la compensait-on par un sentiment de supériorité au plan social et culturel. Dans la ville de Cheikho, " chaque rite a sa petite école attenante à l'église. " Par contre, leurs concitoyens non chrétiens ne sont pas au même niveau : " il y a peu d'hommes instruits parmi les musulmans : en général ils se contentent des études qui ont trait au Coran et à leur législation ".

Nonobstant ce sentiment de complaisante supériorité, les chrétiens n'avaient pas toujours intérêt à se mettre en avant ; aux moments critiques, la vindicte populaire les prenait pour cible et c'étaient les massacres dont la famille de Cheikho eut beaucoup à souffrir. L'oncle maternel de son père, le Père Gabriel Danabo, fondateur d'une congrégation de moines de rite chaldéen, était mort de la main des Kurdes en 1832, et le Père Louis lui-même, durant son voyage en Mésopotamie en 1895, n'échappa que de justesse aux massacres qu'opéraient les bandes lâchées par le Sultan Abdulhamid sur les villages chrétiens de la contrée.

De ses parents, c'est surtout la piété qui lui restera le plus en mémoire. " Mon père, dira-t-il, descend d'une famille chaldéenne catholique établie à Mârdîn depuis trois siècles et peut-être convertie du Nestorianisme par le zèle des PP. Jésuites ". Sa mère, une arménienne du nom d'Elizabeth Schamsé, apparaît dans les souvenirs qu'en donne Louis Cheikho, comme une femme très pieuse, dévouée, douce et forte à la fois.

La profondeur de leur foi poussa les Cheikho à faire un jour le pèlerinage en Terre Sainte. Au retour de Palestine, la mère, qu'accompagnait le jeune Rizqallâh, passa par le Liban pour voir l'aîné, 'Abd al-Masîh, entré chez les Jésuites. Louis, âgé alors de 9 ans, refusa de quitter son frère ; il voulut lui aussi devenir Jésuite et resta au séminaire de Ghazîr.

La formation et le savant

La bourgade de Ghazîr à cette époque, abritait, outre le séminaire pour les futurs prêtres, un collège secondaire pour les jeunes chrétiens du pays. Séminaristes et laïcs suivaient les mêmes classes. Les leçons qu'on y professait étaient dans la plus pure tradition pédagogique des Jésuites humanistes ; langues vivantes : allemand, anglais, italien, turc, surtout arabe et français, les quatre premières langues étant facultatives ; langues anciennes, notamment le latin et le grec, pour les plus doués ; histoire et géographie ; un peu de mathématiques. Le jeune Rizqallâh y fit des études secondaires très brillantes, obtenant des prix dans presque toutes les disciplines.

A la fin de 1874, Rizqallâh, devenu Louis, entra au noviciat des Jésuites à Lons-le-Saunier. Au bout de deux ans, qu'il consacra à la prière et à la formation spirituelle, il fit son année de Rhétorique.
Les dix années qui suivirent, de 1878 à 1888, Cheikho les passa au Collège des Jésuites de Beyrouth, continuation de celui de Ghazîr ; il y enseignait la langue et la littérature arabes et commençait à s'intéresser à tout ce qui touche au christianisme dans ce domaine.

En 1882, Cheikho commença ses études de philosophie scolastique à l'université Saint-Joseph de Beyrouth. Il y développa un sens aigu de l'apologétique et de la controverse. Ce goût, qui répondait déjà à son tempérament, était renforcé par la mentalité de l'Eglise Catholique d'alors, faite à la fois d'un triomphalisme tapageur et de lutte défensive contre la franc-maçonnerie, le rationalisme, el modernisme et toutes sortes d'ennemis plus ou moins réels. Les études de théologie qu'entreprendra le jeune religieux quelques années plus tard, de 1888 à 1892, iront dans le même sens.

Mais cet aspect étroit de la formation de Cheikho ne doit pas faire oublier toute l'ouverture qu'il acquit par ailleurs. Quatre années en Angleterre (1888-1892), suivies d'une année en Autriche et d'une autre à Paris à fréquenter les grandes bibliothèques et à s'initier aux méthodes des grands orientalistes avaient progressivement élargi ses horizons et porté son intérêt vers une culture plus désintéressée. Il voulut aider ses frères orientaux à connaître les trésors cachés des lettres arabes, et pour cela fonda la Bibliothèque Orientale de Beyrouth, publia un grand nombre d'ouvrages originaux et édita d'anciens manuscrits dans toutes les branches du savoir. Il suffit de parcourir les Tables générales d'al-Machriq (1950 et 1971), pour être édifié par la prodigieuse activité de Cheikho et sa variété ; et l'on admire d'autant plus la qualité de ses productions, malgré leurs déficiences, qu'on les compare à ce que l'Orient avait produit jusqu'alors et aux moyens dont le Père disposait. D'ailleurs, de rapides et quelquefois superficielles qu'elles étaient à ses débuts, ses éditions devinrent un modèle du genre, ce qui lui valut l'estime des grands orientalistes. Ceux-ci entretenaient avec lui des rapports constants comme en témoigne son extraordinaire correspondance avec eux : près d'un millier de lettres qu'il reçut d'une cinquantaine des plus grands noms de l'orientalisme. C'est assez dire le cas que faisaient de lui les savants.

L'œuvre

Au début de son article paru dans Etudes Religieuses (1888), et intitulé : " Les poètes arabes chrétiens. Qouss, évêque de Najran ", Louis Cheikho lance cette affirmation, qui reste encore largement valable aujourd'hui : " Qui n'a lu, même en bon lieu, des observations comme celle-ci : la littérature arabe est toute musulmane ; (…) or, la place considérable conquise par les chrétiens dans la littérature arabe est un fait aussi éclatant qu'il est peu remarqué. "

Devant une pareille constatation, Cheikho passa hardiment à l'action de façon constructive. Il essaya de répondre à ses critiques, entre autres à Brockelmann, à Zaydân, à Huart. Il publia les diwân de poètes de la djâhiliyya comme Salâma B. Djandal, ou de longues notices sur d'autres, comme al-Mutalammis, et s'efforça de mettre en évidence leur christianisme. Mais ses arguments ne semblaient pas toucher la critique. D'ailleurs, le savant Jésuite eût-il apporté des arguments solides qu'il aurait difficilement changé cette conception profondément ancrée dans la mentalité des musulmans et de beaucoup d'orientalistes, que " la littérature arabe est toute musulmane ". Aussi la mise au point d'une thèse d'envergure s'avérait-elle urgente aux yeux de Cheikho.

Il commença à ramasser des documents qu'il lui arrivait de publier dans la revue al-Machriq comme un avant-goût de son travail définitif, et qui seront repris, quelquefois tels quels, dans ce dernier. Ainsi, en 1901, paraissait son article : " Textes arabes anciens de l'Evangile en Orient " ; en 1904 : " Les faits scripturaires chez les poètes de la Djâhiliyya ", et " Les comparaisons chrétiennes chez les poètes de la Djâhiliyya " ; en 1907, il démontrait en une dizaine de pages " Le christianisme de Ghassân " et laissait prévoir pour bientôt l'apparition de sa " Somme " pour laquelle, disait-il, il avait amassé " une quantité inombrable de documents, de manuscrits, d'imprimés syriaques, grecs et latins, sans compter les arabes ". C'est en 1910 que la mise à exécution vit le jour.

" Le christianisme et la littérature chrétienne en Arabie avant l'Islam " parut d'abord, pareil en cela à de nombreux ouvrages de Cheikho, dans al-Machriq. Régulièrement, pendant deux ans, la revue offrait à ses lecteurs quelques pages sur le sujet, et dès novembre 1912, celles-ci étaient réunies en un premier fascicule ; un second, constitué de la même manière paraissait en 1919, et un troisième et dernier en 1923. Le tout formait un imposant volume de plus de 525 pages.

En rassemblant ce qui avait déjà paru dans al-Machriq, Cheikho ne remaniait pratiquement pas son texte si ce n'est pour de petits détails : corrections de style, précisions ou références supplémentaires, légères omissions ; par contre il le faisait accompagner d'abondants appendices qui ne sont qu'autant de fiches rassemblées. Le premier fascicule comporte ainsi 7 pages d'addenda et le troisième 23. A tout cela s'ajoutent plusieurs index -habitude chère à l'auteur- qui totalisent une quarantaine de pages!

L'examen de la genèse du livre dans la pensée de Cheikho nous laissait déjà deviner le but de l'auteur ; ce but sera explicité en termes clairs tout au long du travail : prouver, en passant en revue l'histoire du christianisme en Arabie que " ces restes, malgré les secousses du temps, disent assez le progrès du christianisme parmi les populations préislamiques et prouvent par ailleurs l'ampleur de son influence dans la presqu'île arabique ".

 

 

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